L'exposition avec prévention de la réponse pour le TOC religieux islamique
Contexte
Le traitement de référence des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) est l’exposition avec prévention de la réponse (EPR) (voir article dédié). Cette thérapie comportementale s’appuie avant tout sur une analyse fonctionnelle (voir article dédié) qui identifie les stimuli déclencheurs, les idées obsessionnelles et la fonction que remplissent les comportements (compulsions/rituels) dans le contexte de peur du patient. On expose ensuite ce dernier de manière progressive, en partant d’une hiérarchie de situations angoissantes (voir article dédié).
Les obsessions d’ordre religieuses sont courantes dans le monde entier, chez ceux qui souffrent d’un TOC et pour lesquels la religion fait partie naturelle de leur vie. Les défis des TOC à thématique religieuse (doutes, questionnements, images ou idées blasphématoires, et dans un contexte musulman, répétition des ablutions, de la prière, du jeûne, etc.) tiennent à ce que l’exposition peut s’avérer délicate en raison de la sensibilité du thème, qui, pour la personne croyante, touche au sacré. Par exemple, exposer directement le patientà des pensées ou à des représentations blasphématoires ou obscènes impliquant des figures considérées comme sacrées, ou encore suspendre temporairement certains actes d’adoration comme les prières et les ablutions avant de les réintroduire progressivement, peut susciter des réticences chez le patient, voire chez le thérapeute si celui-ci est pratiquant.
En outre, dans un contexte nord-africain et musulman, la croyance selon laquelle le TOC serait l’œuvre du diable, du mauvais œil ou d’un mauvais sort jeté risque de diminuer la confiance du patient envers une thérapie qui peut être perçue comme « occidentale laïque ». Le risque est que la thérapie soit perçue comme ne respectant pas les croyances du patient, voire comme les réfutant. Le thérapeute, qu’il soit croyant ou non, se trouve donc face à un défi : Comment appliquer les principes de l’EPR en prenant en compte des dimensions religieuses et contextuelles du TOC ?